Lutte contre la grippe aviaire : le financement prend du retard
LE MONDE | 03.04.06 |

Depuis le début de l'année, trente pays, jusqu'alors indemnes, ont déclaré à l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE) la présence du virus A (H5N1) sur des oiseaux sauvages ou des oiseaux d'élevage. L'agent responsables de l'épizootie de grippe aviaire est désormais présent sur les continents européen et africain ainsi qu'en Inde, et plus rien désormais ne s'oppose à ce que l'épizootie puisse se transforme en panzootie.

Aussi, Stephen Harper, premier ministre canadien, George W. Bush et Vicente Fox, présidents des Etats-Unis et du Mexique ont annoncé, vendredi 31 mars à Cancun, qu'ils s'étaient mis d'accord sur "une approche globale, scientifique et coordonnée" pour lutter contre une possible épizootie en Amérique du Nord.

"Etant donné la forte intégration de nos économies, une apparition de la grippe aviaire ou de la grippe humaine pandémique dans un seul de nos pays nous affecterait tous", ont-ils prévenu, tout en annonçant leur décision d'accélérer "la recherche, le développement, la production et la mise à disposition de vaccins contre une pandémie grippale".

Des travaux récents permettent aujourd'hui de mieux saisir comment s'organisent les transmissions virales entre les oiseaux sauvages et les oiseaux d'élevage, dont le commerce paraît jouer un rôle déterminant dans la diffusion de l'épizootie.

Personne n'envisage plus d'obtenir l'éradication de ce nouvel agent installé durablement dans les populations aviaires. En l'absence d'outils préventifs véritablement efficaces, les autorités sanitaires sont contraintes de mener une course-poursuite contre le virus, c'est-à-dire de mettre en oeuvre, dès l'apparition d'un foyer épizootique, les règles sanitaires en vigueur : abattage des animaux et mise en quarantaine des élevages concernés.

Dans ce contexte, la surveillance épidémiologique vétérinaire et la mise en oeuvre au plus tôt des règles sanitaires sont une priorité absolue. Or, en dépit des engagements qu'ils ont pris, les pays industriels tardent à financer la lutte contre la grippe dans les pays les plus démunis. Pourtant, en novembre 2005, une conférence mondiale tenue sur ce thème à Genève avait permis de lever plus d'un milliard de dollars pour les trois prochaines années.

On vit alors dans cette annonce une étape essentielle dans la volonté de réduire, sinon d'éradiquer, la circulation du virus H5N1 dans les populations d'oiseaux d'élevage. Cette impression fut confirmée à la mi-janvier à Pékin. Quelque 130 pays s'engagèrent alors à financer la lutte à hauteur de quelque 2 milliards de dollars sous forme de dons et de prêts consentis aux pays les plus démunis et les plus exposés. C'était compter sans la lourdeur et la complexité des mécanismes administratifs et réglementaires qui encadrent ce type d'opération.

Le cas de l'Union européenne est, de ce point de vue, particulièrement éclairant. Alors qu'à Pékin, l'Union s'était engagée pour une aide 122 millions de dollars, rien, en pratique, n'a encore été décidé. "Le plus mauvais élève, c'est l'Union européenne, qui n'a pas même décidé comment attribuer les sommes promises", a souligné, le 8 mars, Bernard Vallat, directeur général de l'OIE, lors de son audition par la mission parlementaire d'information sur la grippe aviaire. M. Vallat était alors interrogé par des parlementaires français, de retour d'une visite au Sénégal et au Mali, où ils avaient observé que ces deux pays n'avaient toujours pas reçu la moindre aide alors que le Nigeria et le Niger voisins étaient déjà touchés.

Pour sa part, Jacques Diouf, directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), a rappelé que son organisation n'avait reçu que 16 millions de dollars de la part des bailleurs de fonds présents à Pékin. Réclamant, en vain, un démenti du directeur général de l'OIE, Bruxelles a depuis fait savoir par le porte-parole de Benita Ferrero-Waldner, commissaire européenne aux relations extérieures, que 50 millions de dollars seraient, peut-être, disponibles dès le début mois d'avril.

Jean-Yves Nau
Article paru dans l'édition du 04.04.06

 

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