Grippe aviaire : l'OMS confirme que les décès d'adolescents en Turquie étaient liés au H5N1
LE MONDE | 06.01.06 | 13h47 • Mis à jour le 06.01.06 | 18h11

Le laboratoire britannique chargé des tests de l'OMS a confirmé, vendredi 6 janvier, que trois personnes avaient été testées positives à la souche mortelle H5N1 de la grippe aviaire en Turquie : deux adolescents qui sont décédés de cette maladie dans l'est du pays, et une troisième personne, actuellement soignée dans un hôpital en Turquie, selon un responsable du ministère de la santé d'Ankara.

REUTERS/STRINGER/TURKEY
Un vétérinaire turc dans la ville de Dogubayazit, le 6 janvier 2006.

Des informations convergentes laissent penser que l'épizootie de grippe aviaire est en train de progresser rapidement en Turquie. Mehdi Eker, ministre de l'agriculture turc, a annoncé, jeudi, la découverte de nouveaux foyers d'infection dans l'est du pays. Cette information fait suite au décès de trois enfants d'une même famille, dans l'est du pays, près de la frontière avec le Liban. Ces faits, qui demandent à être confirmés en ce qui concerne la souche exacte de l'agent pathogène, inquiètent les responsables chargés de la lutte contre les formes humaines et animales de cette maladie virale. Ils redoutent une extension de l'épidémie en Europe et en Afrique, via les oiseaux migrateurs notamment.

Le ministre de l'agriculture turc a annoncé l'existence de trois nouveaux foyers épizootiques dans la province d'Igdir, près de la frontière arménienne. Trois autres auraient été identifiés à environ 250 km à l'ouest d'Igdir, dans la province d'Erzurum, où, depuis le début de la semaine, des vétérinaires procèdent à des abattages préventifs de volailles. Mehdi Eker a aussi confirmé la présence de la grippe aviaire dans la province de Sanliurfa, à 750 km au sud-ouest d'Igdir. Des doutes subsistent sur l'existence de foyers dans les provinces de Van et d'Agri (à 300 km et 150 km au sud d'Igdir). Par ailleurs, l'Ukraine vient d'annoncer la découverte d'un foyer en Crimée.

En Turquie, une vingtaine de personnes, des enfants pour la plupart, présentant des symptômes évocateurs de la forme humaine de la maladie, ont été admises à l'hôpital de Van, où trois enfants âgés de 11, 14 et 15 ans sont décédés ces derniers jours après avoir manipulé et consommé des volailles malades.

Ces trois enfants étaient membres d'une même famille originaire de la ville de Dogubayazit, à une centaine de kilomètres au sud de Van. Le médecin-chef de l'hôpital de Van a précisé sur CNN Turk que sur les 23 personnes admises pour présomption de grippe, 15 étaient alitées et une dans un état critique. Toutes sont traitées avec du Tamiflu, une molécule dotée, estime-t-on, d'une certaine efficacité contre les infections grippales.

Rien ne permet cependant de dire que c'est bien le virus grippal de sous-type H5N1 qui est impliqué dans ces cas. Les premières analyses pratiquées sur les deux premières victimes ainsi que sur les volailles des différents foyers ont démontré que le virus était de type H5. Mais son sous-type ne sera connu que dans quelques jours, après analyse des laboratoires britanniques de référence situés à Weybridge (pour la partie vétérinaire) et Colindale (pour la partie humaine). L'Office international des épizooties vient par ailleurs de dépêcher sur place un expert.

LA MORT DE MILLIONS D'OISEAUX

S'il s'agit bien du H5N1, ces expertises permettront aussi de préciser si le virus turc est identique à celui, présent depuis deux ans dans différents pays asiatiques ou si – hypothèse redoutée de tous les responsables sanitaires – ce virus asiatique a commencé à modifier sa structure génétique de manière à infecter aisément les organismes humains. Aucun cas humain d'infection par le virus H5N1 n'a jusqu'à présent été observé en dehors des pays asiatiques, où l'épizootie, endémique, a provoqué la mort, directe ou indirecte, de millions d'oiseaux.

Toutes les données épidémiologiques disponibles ont montré jusqu'à présent que ce virus ne parvenait pas à contaminer aisément l'espèce humaine. Des millions de personnes ont été en effet exposées à des animaux qui en étaient porteurs, et seuls quelque 150 cas de la forme humaine de la maladie ont été enregistrés, dont la moitié s'est révélée mortelle.

Une grande partie des victimes étaient des personnes jeunes qui avaient acheté des volailles vivantes avant de les plumer et de les vider pour les consommer. Pour Bernard Vallat, directeur général de l'Office international des épizooties, c'est vraisemblablement lors de ces manipulations que ces personnes ont pu être contaminées par le virus aviaire. Reste à savoir si tel a été le cas pour les trois enfants turcs décédés et pour ceux qui sont hospitalisés.

Dans l'attente des résultats des expertises en cours, et soucieux d'éviter toute panique, les responsables de la Commission européenne se veulent rassurants. "Nous sommes confiants dans le fait que les mesures qui sont en place en Europe garantissent que toute viande qui est vendue en Europe peut être consommée par tous sans problème", a déclaré, jeudi 5 janvier à Bruxelles un porte-parole de la Commission. Mais, en ce qui concerne les voyages dans la région, "c'est aux Etats membres de décider quels conseils donner aux citoyens", a-t-il ajouté.

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